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Contre les frontières et leurs prisons

[Grèce] Chronique de la révolte des immigrés dans le camp d’Amygdaleza

CHRONIQUE DE LA RÉVOLTE DES IMMIGRÉS DANS LE CAMP D’AMYGDALEZA alors qu’aujourd’hui s’ouvre le procès des inculpés de cette révolte du 10 août 2013.

Pardonnez-vous pour le dérangement, mais nous ici, nous nous sommes révoltés

Reporter: Ici où tu vis, dans le conteneur, c’est bien ou tu veux retourner à ton pays?
Migrant : Non, ici c’est la merde, nous vivons comme des animaux, mais je ne veux pas retourner à mon pays.
Ministre de la Police et de Répression Dendias (sourire ironique) : Il veut du temps. En un mois, un mois et demi il va changer d’avis.
Septembre 2012, le camp de concentration d’Amygdaleza
Effectivement. Les immigrés incarcérés ont très vite changé d’avis. Pas pour demander à se «rapatrier», ne pouvant plus supporter les conditions de détention invivables et les moyens brutaux utilisés par l’état grec. Mais en transformant leur désespoir en rage et révolte.
Samedi soir, le 10 Août 2013, dans le camp isolé et muré d’immigrés sans papiers d’Amygdaleza, le plus grand centre d’inclusion d’immigrés en Grèce, dont la première année de fonction est stigmatisé par des tortures physiques et psychologiques constantes, les damnés brûlent les murailles et les consciences et deviennent au moins pour quelques instants visibles avec leur corps et leur voix.

Vingt-cinq kilomètres du centre d’Athènes, dans un no mans land immense et inaccessible, où des barbelés succèdent des flics et des flics succèdent des barbelés, les insurgés immigrés mettent le feu aux conteneurs-cages, attaquent leurs geôliers avec des bouteilles en plastique et des graviers, essaient de briser les portes en fer et les clôtures et dix d’entre eux trouvent provisoirement le chemin de la liberté, dehors de ce qu’ils appellent «Guantanamo grec».

«Pendant une heure et demi, nous avons livré une bataille, huit personnes contre 1.000. Et tous les huit nous avons été battus et nous nous sommes estropiés. S’ils voulaient et s’ils avaient un plan meilleur, ils nous auraient tué». (Témoignage, évidemment faux, d’un policier de l’équipe d’intervention d’urgence).

Personne n’a vu de flic «estropié»; nous avons vu les immigrés maltraités, transportés enchaînés au tribunal, mais personne n’a pu rencontrer les migrants blessés plus gravement sur lesquels les gardiens ont lancé leur fureur vengeresse qui restent «disparus» dans le camp. En dehors de celui ci, des flics en moto et des fascistes patrouillent pendant des jours, comme des «lévriers» au cœur de merde à la recherche des gens à la peau foncée qui ne menacent personne et rien, sauf le maire d’Acharnon S. Duros et ses semblables, qui «restent enfermés dans leurs maisons parce qu’ils ont peur de fugitifs». Qu’ils restent là pour toujours.


La révolte et la solidarité au sein et en dehors les murs vont écraser la barbarie

Les immigrants arrêtés comme responsables de l’insurrection sont amenés au «centre de détention de Petrou Ralli» et au commissariat de la police de Menidi, où ils sont «accueillis» avec des bastonnades, des humiliations, des dégradations. Aux détenus d’Amygdaleza la police impose l’interdiction de sortir aux cours presque pour dix jours; ils restent ainsi «enterrés» dans les conteneurs-fours, dont plusieurs sans électricité, d’autres sans eau, l’atmosphère étant suffocante à cause de gaz lacrymogène. Ils sont privés de toute communication, même avec des avocats, et ils subissent le travail forcé qui inclut du nettoyage des locaux du camp jusqu’aux voitures des flics. Un immigrant, qui n’était pas impliqué aux événements, est meurtri aux pieds par de coups des flics, juste parce que quelques minutes avant son avocat avait réussi à parler avec lui.

Dans le centre de Petrou Ralli, les immigrants endurent les tortures et la terreur raciste. Chaque soirée. «Et maintenant, l’amour», dit l’être perverti qui entend au nom «flic» quand il donne la nourriture insuffisante et misérable aux immigrants et attend qu’ils finissent pour les faire sortir un par un de la caserne et les assommer de coups avec d’autres six à sept flics.

Le lundi 12 Août, 57 immigrés originaires du Pakistan, Bangladesh, Afghanistan et Maroc sont transférés aux tribunaux. Sans avocats (à l’exception de deux ou trois qui étaient là par conscience, sans être partie de la procédure), sans traducteurs, avec un interprète désigné, sans comprendre ce qui se passe et ce qui va leur arriver. Ils sont accusés des crimes: révolte avec tentative d’évasion violente, attaque contre des personnes chargées de la garde à vue, évasion accomplie et tentative, graves lésions corporelles sans provocation, mise d’incendie criminelle en commun, destruction de propriété étrangère, outrage.

En réalité, l’«accusation» est une et seule: la rébellion contre l’enfer qu’ils vivent chaque jour.
L’enquêteur et le procureur décident la détention préventive pour 24 parmi les 57, ce qui signifie qu’ils restent détenus en isolement à Petrou Ralli. Très vite, cependant, ils sont dispersés dans diverses prisons du pays et à la prison centrale d’Athènes.

Les restes seront ramenés à Amygdaleza ou un autre camp de détention. La procédure reste ouverte. Jusqu’à maintenant en total 65 migrants sont poursuivis. Sur les 10 qui avaient réussi à s’enfuir, les quatre ont été arrêtés.

Pendant trois jours, des immigrants affamés, assoiffés, maltraités, certains pieds nus, mais dignes et haut la tète, sont traînés de bâtiment en bâtiment dans un tribunal bondé de flics et de policiers en civil mais vide de regards de solidarité et de gestes de soutien.

Le rassemblement de solidarité est interdit par le procureur. Des policiers anti-émeute font sortir avec la violence un groupe d’environ 30 solidaires de l’espace antiautoritaire, anarchiste et autonome et des assemblées des quartiers; cependant, ils demeurent à l’extérieur de l’entrée des tribunaux en affichant des bannières et scandant des slogans à l’apparition d’immigrants.

Pour quelques bouteilles d’eau et de jus d’orange donnés aux immigrants, il a fallu l’intervention d’un avocat au procureur. La paille est interdite. «Avec celle-là ils peuvent enlever les menottes», dit le chef de l’entreprise pitoyable. «En outre, c’est une insulte à la police grecque. Nous leur donnons tout ce qu’ils veulent».

(C’est vraie … Amygdaleza et les centres de détention d’immigrants sont, entre autres, un énorme «business», avec des remises directes aux fournisseurs spécifiques… qui ravagent les fonds de l’Union Européenne. Pour les 1.600-2.000 prisonniers d’Amygdaleza -puisqu’il n’y pas de données officielles sur le nombre exact-, l’U.E paie 120.000€ chaque jour!, de l’argent qui se traduit en rations incomplètes et de mauvaise qualité et en moyens de nettoyage inexistants).

Il n’y a pas de loi. Il n’y a pas de «droits» d’accusé. Il n’y a pas de journalistes, de columnistes «sensibles» mais disparus, de groupes ou de réseaux ou d’organisations «pour les droits des réfugiés et des migrants», de centaines d’organisations avec des noms à consonance et des déclarations pompeuses pour rien, de «communautés immigrées», d’ONG subventionnés à garder le silence. PERSONNE. Le désert et les barbelés du camp s’étendent partout. Il y a seulement quelques «ordres d’en haut» et la moquerie sans feinte. Il y a le mensonge ordonnée du pouvoir, l’usurpation des mots qui aplanit l’horreur des actes, qui appelle «Opération Xenius Zeus» la chasse à l’homme quotidienne des migrants dans les villes et la campagne, qui nomme «centres d’hospitalité» les cryptes d’ostracisme des personnes dont le seul «erreur» est le fait qu’ils existent. Il y a aussi le martèlement des médias dominants et des formateurs systémiques de «l’opinion publique» qui ciblent consciemment et méthodiquement l’«ennemi le plus dangereux» de la société grecque, l’«envahisseur», le «barbare», l’«impur», l’immigrant et l’immigrante, avec ou sans papiers.

Or, malgré les tortures, malgré les humiliations, malgré le manque de solidarité, les immigrants dans les tribunaux semblent avoir la force et le courage, font le signe de la victoire lorsqu’ils peuvent et saluent souriants.

Et c’est ni l’extension de la privation de leur liberté de 12 à 18 mois, sans avoir commis aucune «infraction pénale», ni l’entrave par tout moyen de leur «régularisation», ni les conditions de détention et d’hygiène déplorables, ni le désespoir de l’isolement et l’absence de perspectives prometteuses rudimentaires ce qui constitue la cause de leur rébellion digne. C’est aussi tout cela, mais avec un mot, c’est surtout le désir et la volonté de la vie et la liberté, la résistance spontanée contre la barbarie armée.


Amygdaleza, Corinthe, des commissariats de police … émeutes, grèves de la faim, suicides

En Avril 2013, des centaines d’immigrés détenus dans divers camps et commissariats-lieux infernaux se révoltent en démarrent une grève de la faim, laquelle, dans 24 heures se propage aux espaces de confinement de tout le pays, avec la participation d’environ 1.800 prisonniers.

Le 24 Avril, 12 Afghans et 4 Syriens commencent une grève de la faim dans le port de Mytilène, refusant d’accepter la nourriture que les apportent les bénévoles locaux qui s’occupent de l’alimentation des réfugiés et des immigrants qui restent au port.

Le 23 Juin 2013, un immigré de 20 ans de la Côte d’Ivoire se suicide dans le poste de police de la ville de Grevena où il était détenu pour être déporter dans son pays.

Le vendredi 12 Juillet, un immigré de 26 ans en provenance du Pakistan s’est pendu dans les toilettes du commissariat de la ville de Servia. Il a été arrêté parce qu’il n’avait de papiers.
Le samedi 27 Juillet, le réfugié afghan Mohammad Hassan, emprisonné avec une infection et une insuffisance respiratoire dans le camp de concentration de Corinthe, meurt, en fait, il est assassiné par un régime qui pendant onze mois interdit son transfert à l’hôpital. Là, il eut le document de «libération conditionnelle» avec une suspension de l’expulsion des «six mois pour des raisons techniques». Vraiment libre ni à la mort.

Le samedi 24 Août, un réfugié d’Afghanistan, dans le même camp, escalade les grilles de la fenêtre du deuxième étage et tombe dans le vide, d’une hauteur de 5 mètres; il subit de multiples fractures et se transfère grièvement blessé à l’hôpital.

Le mercredi 28 Août, 400 migrants en détention pendant plus d’un an dans le centre d’Orestiada commencent une grève de la faim. Tous ne demandent qu’une seule chose: la liberté.
Pendant les 3-4 derniers mois, il y a eu des dizaines de tentatives de suicide dans les camps, tandis que de nombreux incidents de protestation, de réaction et de répression conséquente sont systématiquement cachés par la police et le gouvernement.

Et la longue liste de la politique anti migratoire meurtrière augmente tous les jours. Les immigrants sans papiers, dans leur tentative de traverser la frontière, trouvent la mort tragique soit par noyade dans la mer Egée et le fleuve d’Evros, soit par les souffrances dans leur parcours tortueux. Mais même s’ils parviennent à entrer dans le pays, ils se trouvent en face des pogroms policiers, des couteaux des fascistes, des fusils des patrons et des comportements racistes des «chefs de famille».

Le ministre de la Police Dendias: «Quand on les arrête, on les nettoie, on les greffe, on les confine et leur donne la possibilité de rentrer chez eux». Quelle «possibilité»? Même les migrants qui souhaitent rentrer dans leur pays, restent en prison pendant des mois sans aucune explication, puisque l’objectif réel des dirigeants est de les faire «disparaitre» de l’espace public et les isoler dans des centres de détention éloignés et inaccessibles.

Il poursuit: «Nous avons fermé l’accès par le fleuve d’Evros. Et qu’est-ce que nous leur disons? Si vous venez en Grèce, vous ne serez pas libres, vous ne pourrez pas aller ailleurs, à l’étranger, nous allons vous arrêter, vous mettre dans un centre, vous resterez là et le seul moyen d’en sortir, est signer une déclaration et rentrer à votre pays ou c’est nous qui vont vous faire y rentrer».

Vivants ou morts , il «oublie» d’ajouter …


Soit avec le parti de la mort du pouvoir soit avec la vie de la lutte

La révolte des damnés d’Amygdaleza, les soulèvements qui l’a précédée, mais aussi ceux qui vont suivre, mis à part les raisons évidentes qui les provoquent, illustrent la détermination des immigrés de ne pas être enterrer «vivants» dans les lieux de détention et leur courage de se soulever contre les geôliers avec tous les moyens qui sont à leur disposition. Est-ce un acte d’agression contre l’état raciste, la procuration policière du ministre Dendias, la discrimination raciale et sociale diffuse incorporée dans la pensée et l’action de l’espace de la droite et du centre, des électeurs de la gauche démocratique jusqu’aux bandits et électeurs du parti nazi «l’aube dorée», contre tous ceux qui jubilent et poussent à la propagation des centres infernaux.

La solidarité avec les immigrés insurgés, la seule partie de la société qui se bat en temps «d’accalmie estivale et de relaxation du mouvement», est une relation bilatérale de la lutte contre l’exploitation, l’humiliation, l’esclavage, la mort, c’est-à-dire contre tout ce que représentent et défendent le pouvoir, les petits et grands patrons, les fascistes et leurs sbires.

Les migrants, avec leur soulèvement, défendent la partie de la société qui n’est pas abrutie. Nous devons également les défendre dans leur quotidien invivable.

Nous sommes et nous serons avec eux.


FORCE ET SOLIDARITÉ AVEC LES MIGRANTS REVOLTÉS D’AMYGDALEZA

DÉMOLISSONS LES CAMPS DE CONCENTRATION D’IMMIGRANT-E-S

initiative no lager
août 2013

Category: Tracts, Textes & Affiches

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